Jérôme (part 1)

Jérôme était méconnaissable; je l’avais jamais vu dans un tel état. Ses mains tremblaient, sa voix aussi. Il avait l’air bouleversé, comme s’il n’avait dormi depuis des jours. Il avait l’air malade; un malade furieux.

Nous étions potes, moi et Jérôme; on buvait des bières chaque vendredi soir, on fumait des clopes et parfois des pêtes. D’habitude on parlait des films, des matchs de foot ou de politique. Mais ce soir, il était trop bouleversé pour tels sujets..

Mec.. Je peux pas croire ce qu’il m’arrive. Je la croyais sortie de ma vie pour toujours. J’était, finalement, soulagé. Elle ne me manquait plus. Finalement, je pouvais recommencer a vivre. Merde! Tout s’est écrabouillé. D’un seul coup.

Je comprenais rien. Il parlait tout seul. Moi, j’étais seulement son spectateur. De qui parles-tu?

De ELLE, mec. Je parle d’elle. ELLE, la fille duquel j’étais amoureux au lycée. Je suis tombé amoureux du jour – même quand je l’ai vue. Ou peut-être c’était pas l’amour. Peut-être c’était seulement un crush; à l’américaine. Une passion passagère. Le problème, c’est que cette passion n’est plus passée. Ou peut-être c’était seulement la passion d’être amoureux? Une infatuation d’enfant ignoré? Je le saurai jamais.

Elle avait une drôle de voix; sombre, nasale. La voix de Patricia Kaas, on dirait. Une voix que je pourrai réécouter encore et encore. Je suis incapable de me souvenir son visage, son sourire; mais son parfum, sa voix, son rire.. me chassent partout.

Merde, man, j’espérais finalement être guéri; mais ça ne marche pas comme ça, n’est pas? Ca ne marche jamais.

Je l’écoutais en silence. Je buvais mon bière et le laissai soulager son esprit. Chacun a besoin, des fois, de parler tout seul. De parler des amours lointains. Des amours perdus, des espoirs brisés.

Ca faisait cinq ans depuis notre dernier baiser. Je l’avais pas oublié. Chaque nouvelle meuf, je la comparais avec elle. Aucune n’avait la même douceur des lèvres. Aucune n’avait la même chaleur dans la voix. Aucune, les mêmes profondeurs dans les yeux. C’était fini, je le savais; pourtant.. je continuais a attendre. A espérer. A prier de la rencontrer, encore une fois. Je l’ai même cherchée par Internet, si tu peux le croire. J’ai cherché son adresse email, et .. bizarrement, je l’ai trouvée.

J’étais a l’époque avec une fille extraordinaire. Sympa, intelligente, jolie. Nous étions presque fiancés. Mais j’étais toujours obsédé par ELLE.

C’est seulement la faute des films américains. Des films où les amours ne sont jamais brisés ; où les amours secrets du lycée se retrouvent cinq ans après, et sont, finalement, dévoilés. Où les amoureux restent heureux ensemble, jusqu’à la fin de leurs jours. Où tout le monde gagne.

La vérité est que dans le monde réel, personne ne gagne.

On s’est rencontrés trois fois, les dernières années. Chaque fois, le silence était encore plus lourd. Plus incommode. Il cachait mon trac, et son ennui. Nous regardions nos montres, discrets ; chacun attendait de partir le plus vite possible et finir ainsi avec le silence lourd et stressant. J’étais presque guéri. Je l’avais presque oublié.

Jusqu’aujourd’hui.


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